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Pr. Zoubida Charrouf saluée par la sélection « Women in Science »

Notre amie, le Pr. Zoubida Charrouf vient de voir le travail d’une vie salué par l’Organisation inter-académique panafricaine « NASAC »et sa sélection « Women in Science – Inspiring Stories from Africa » .

 Professeur émérite et partenaire de la Maison de l’Argan depuis près de vingt ans, Zoubida est sans conteste la personnalité à laquelle l’Argan doit sa reconnaissance internationale et l’immense succès qu’il a connu dans l’univers cosmétique. Si sa réputation est acquise et son autorité reconnue, il est indispensable de célébrer et de conforter ce qu’elle a accompli non seulement pour permettre l’entrée de l’huile d’Argan dans la modernité mais encore et surtout afin de valoriser l’ouvrage des populations marocaines. Si la forêt d’Arganier a survécu, c’est au prix d’un travail de sensibilisation considérable entamée par Zoubida depuis le tout début de sa carrière scientifique et auquel nous espérons avoir apporté notre pierre. Félicitations de la part de toute notre équipe.

 

Nous reproduisons ici l’intégralité de l’article qui lui est consacré par le “NASAC” The Network of African Science Academies.

Version Française.

Zoubida Charrouf est professeur de chimie à la Faculté des sciences, Mohammed v university, Morocco. Elle a été la première femme marocaine diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Lille (ENSCL), en France. Elle a commencé l’école primaire avec ses frères sous le contrôle de sa mère mais sans la connaissance de son père. Celui-ci, conservateur croyait que le rôle d’une fille était d’aider sa mère à la maison. Finalement, il a découvert qu’elle fréquentait l’école mais lui a permis de continuer car elle avait été une excellente élève. Elle avait un goût particulier pour la science, par opposition à d’autres sujets, car elle aimait la logique qui prévalait en matière scientifique. Elle était également une étudiante très curieuse qui a constaté qu’il y avait une explication rationnelle et construite derrière n’importe quel mystère.

 

Sa trajectoire académique est devenue évidente au collège où elle a dépassé les garçons de sa classe en mathématiques, souvent avec de très bonnes notes. Ainsi, ses professeurs l’ont orientée vers des matières scientifiques et chaque année, Zoubida les a récompensés en gagnant le prix d’excellence. Elle voulait poursuivre l’ingénierie chimique, mais le cours n’était pas disponible au Maroc et ses parents ne pouvaient pas financer des études à l’étranger. Elle a donc travaillé pendant un an pour payer ses études en France où, après de nombreuses années de labeur, elle a obtenu un diplôme en génie chimique de l’école nationale de chimie de Lille (ENSCL).

Malgré cela, Zoubida n’a jamais pu obtenir un travail intéressant dans ce domaine. Au lieu de cela, à son retour au Maroc, il lui a fallu se contenter de fonctions administratives. De plus, l’endroit où elle travaillait alors fermait aux femmes le porte d’emplois nécessitant une responsabilité plus importante.

Elle a alors décidé de préparer son doctorat afin d’accéder à la recherche scientifique proprement dite.

Le projet le plus impactant de Zoubida portait sur la préservation de l’Arganier. Il s’agit d’un arbre tolérant à la sécheresse endémique au Maroc. La plante a toujours agi comme un rideau vert contre la désertification et l’avancée du Sahara. Cependant, la déforestation, le surpâturage et le déboisement agricole ont réduit le nombre d’arbres de plus de la moitié. Son idée : transformer le problème environnemental en une opportunité économique et, en même temps, préserver la forêt d’Arganiers. Elle a commencé avec le principal produit : l’huile d’argan pour laquelle elle a développé une nouvelle technologie afin de mécaniser une partie du processus de production. Cela a permis d’accélérer les opérations, d’améliorer la qualité de l’huile, de réduire les déchets et de prolonger la durée de vie de l’huile, réduisant ainsi les coûts de production et améliorant les revenus des ventes.

Zoubida a également travaillé sur les propriétés pharmacologiques de l’huile d’argan et a découvert des substances moléculaires uniques, propices à la fabrication de produits cosmétiques. Après cette recherche, Zoubida a entrepris le travail de l’équipe, au cours de laquelle elle a mis en place des coopératives de femmes pour produire et commercialiser l’huile d’argan au Maroc. Cela a permi aux femmes de créer une nouvelle industrie, de gérer et de posséder quelques chose en propre. En outre, elle a encouragé ces communautés à une exploitation responsable par la protection et la gestion durable des Arganiers. Cette nouvelle industrie repose sur une solide base scientifique. La sensibilisation générale et la connaissance des produits de l’Argan, l’amélioration des processus utilisés pour les préparer et les préserver ont permis de généraliser et de populariser l’Argan dans l’industrie cosmétique à l’échelle mondiale.

Zoubida considère qu’il s’agit de son projet le plus impactant, car il a permi aux organisations de femmes dans les zones rurales de développer de nouvelles compétences, de participer à des programmes d’alphabétisation, de travailler à l’extérieur de leurs maisons et, surtout, d’accéder à un revenu dont elles ont le contrôle. Le succès de ce projet a eu d’autres effets positifs, y compris la participation des femmes à la gouvernance dans la communauté. Ces femmes participent activement aux élections locales et sont devenues des défenseurs de leurs villages, leur donnant une voix au sein du gouvernement et un nouveau statut au sein de la société. Grâce au soutien de Zoubida, les femmes sont devenues essentielles dans le développement de l’huile d’argan comme ingrédient cosmétique populaire et sont actives dans l’introduction du tourteau et des feuilles de l’arbre dans l’industrie de demain.

Ce travail a transformé l’économie du pays. L’exportation d’huile d’argan a augmenté de 200 litres par an à 1 200 tonnes, avec 1 500 tonnes supplémentaires vendues dans le pays lui-même. En outre, le prix d’un litre d’huile d’argan est passé de 3 dollars EU en 1996 à 35 dollars EU en 2017. Le nombre de coopératives continue d’augmenter et l’impact de son travail continue de se propager.

L’impact environnemental du projet est également massif. À cet égard, Zoubida note que ce projet a contribué à améliorer la couverture forestière car il a favorisé la restauration (les gens ont maintenant une raison de planter plus d’Arganiers) et leur conservation en raison de l’utilisation de méthodes durables d’extraction de l’huile. Le travail a vu les femmes vulnérables transformer leur vie et leurs communautés. Leur statut s’est amélioré et elles ont gagné le pouvoir de gérer leurs revenus et d’investir dans l’avenir de leurs enfants. Ainsi, en plus de transformer une industrie et changer la vie de milliers de femmes, le travail de Zoubida a inspiré la durabilité environnementale, l’écotourisme et le renouveau d’autres produits locaux traditionnels, montrant ainsi le potentiel des femmes rurales et des ressources naturelles.

Zoubida est plus que jamais motivée pour continuer à travailler en tant que scientifique en Afrique parce que le continent a de nombreuses plantes médicinales qui ne sont pas valorisées et que leur potentiel demeure inconnu. Cela a entraîné de nombreux cas de biopiraterie. À son avis, l’Afrique doit donc investir dans l’avancement d’une économie verte et le développement des communautés locales. C’est la clé du véritable développement durable et des scientifiques d’Afrique, plus les femmes, ont un rôle à jouer. Elle est également motivée par la situation des femmes rurales du continent qui sont marginalisées et, dans la plupart des cas, manquent d’éducation formelle. Cela signifie que même si elles ont des connaissances traditionnelles, elles ne peuvent pas être utilisées de manière durable pour elles et leurs communautés. Les chercheurs féminins et masculins doivent donc travailler pour le développement des communautés, l’autonomisation des femmes et la préservation de l’environnement.

 

Au cours de son travail, Zoubida a fait face à de nombreux défis. La plus critique a été le manque de financement. Cependant, elle souligne que renoncer n’est pas une option. Pour résoudre ce problème, les collaborations et l’utilisation de ce qui existe localement ont été ses principales stratégies. Un défi qui l’inspire est la façon de préserver les ressources naturelles marocaines. Elle reconnaît que peu de choses ont été faites dans la recherche pour mettre en évident les propriétés des ressources naturelles telles que l’Argan. Ainsi, malgré les recherches déjà réalisées, il existe encore une lacune dans la connaissance de la composition chimique de l’huile d’argan car ses nombreuses utilisations en médecine traditionnelle doivent encore être expliquées. Il doit donc y avoir d’autres propriétés actives dans les fruits de l’arganier et d’autres produits qui doivent être identifiés et leurs utilisations entièrement explorées. Elle souligne que la recherche ne devrait pas rester au niveau de base dans les pays africains. Développé au plus haut niveau, la recherche doit servir le pays pour améliorer les revenus des populations locales et protéger l’environnement pour les générations futures. Zoubida, cependant, reconnaît que les chercheurs pourraient ne pas être en mesure d’entreprendre des recherches aussi coûteuses sans un financement adéquat et de bons laboratoires bien équipés.

Pour Zoubida, tous les scientifiques de son domaine sont des modèles parce que leur recherche l’a inspirée. Elle estime que les carrières scientifiques pour les femmes en Afrique sont décisives dans l’avenir et le développement du continent. Elle exhorte donc les jeunes femmes et les filles à entreprendre des carrières scientifiques pour le bien des nations et des communautés africaines.

Version Originale Anglaise.

Zoubida Charrouf is a professor of chemistry in the Faculty of Science, Mohammed v university, Morocco. She was the first Moroccan woman to graduate from Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Lille (ENSCL), France. She started primary school with her brothers under her mother’s watch but without her father’s knowledge. he was conservative and believed that a girl’s role was to help her mother at home. Eventually, he found out that she was attending school but allowed her to continue because she had proved an excellent student. She had a liking for science, as opposed to other subjects, as she found science subjects logical. She was also a very curious student who found that there was a scientific explanation for almost everything.

 

Her academic trajectory became evident in college where she surpassed the boys in her class in mathematics, often with very good grades. Thus, her professors oriented her towards science subjects and every year, Zoubida rewarded them by winning the prize of excellence. She wanted to pursue chemical engineering but the course was not available in Morocco and her parents could not afford to send her for studies abroad. She therefore worked for a year to pay for her studies in France where, after ve years of study, she obtained a diploma in chemical engineering from the national school of Chemistry of Lille (ENSCL).

Despite this, Zoubida was never able to obtain an interesting job in this field. Instead, on her return to Morocco, she mostly got administrative jobs. In addition, where she worked, women could not perform or take up jobs that entailed more demanding responsibility. Therefore, she decided to prepare for her doctorate since scienti c research excited her.

Zoubida’s most impactful project was on the preservation of the Argan tree. This is a drought-tolerant tree that is endemic to Morocco. The plant has acted as a green curtain against deserti cation by the encroaching Sahara. however, deforestation, overgrazing and agricultural land clearance has reduced the number of trees by more than half. her idea was to transform the environmental problem into an economic opportunity and at the same time preserve the Argan forest. She started with the main product: to produce Argan oil, and she developed a new technology to mechanize a part of the production process. This helped speed up operations, improve oil quality, reduce waste, and prolong

the oil’s shelf life, hence reducing production costs and improving incomes from oil sales.

Zoubida has also worked on the pharmacological properties of Argan oil and discovered molecular substances unique to it which can be utilized in making cosmetics. After this research, Zoubida undertook eld work, during which she set up women’s co-operatives to produce and market Argan oil in Morocco. This enabled the women to build a new industry, run and owned by them. Moreover, it encouraged them to feel responsible for protecting and sustainably managing the Argan trees. This new industry is based on a strong scienti c base of research. It has increased general awareness and knowledge of Argan products, improved the processes used to prepare and preserve them, and has helped to establish the use of Argan products in the cosmetic industry globally.

Zoubida considers this to be her most impactful project because it enabled organisations of women in rural areas to develop new skills, take part in literacy programmes, work outside their homes and, above all, earn an income of which they are in control. The success of this project has had other positive effects including women’s participation in governance in the community. These women are now actively involved in local elections and have become advocates for their villages, giving them a voice within government and a new status within society. Through Zoubida’s support, women have become pivotal in developing Argan oil as a popular cosmetic ingredient, and are active in introducing pressed cake and leaves from the tree to the industry.

This work has transformed the country’s economy. The export of Argan oil has increased from 200 litres per year to 1,200 tons, with another 1,500 tons sold within the country itself. In addition, the price of a litre of Argan oil has increased from US$ 3 in 1996 to US$ 35 in 2017. The number of co-operatives continues to increase, and the impact of her work continues spreading.

The environmental impact of the project is also massive. In view of this, Zoubida notes that this project has helped to improve forest cover as it has promoted restoration (people now have a reason to plant more Argan trees) and their preservation due to the use of sustainable oil extraction methods. The work has seen vulnerable women transform their lives and their communities. Their status has improved and they have gained the power to manage their income and to invest in the future of their children. Thus, apart from transforming an industry and changing the lives of thousands of women, Zoubida’s work has inspired environmental sustainability, ecotourism, and the re-birth of other traditional local products, thereby showcasing the potential of rural women and natural resources.

Zoubida is motivated to continue working as a scientist in Africa because the continent has many medicinal plants which are not valued and therefore their potential remains unknown. This has led to many cases of biopiracy. In her view, therefore, Africa must invest in the progress of a green economy and the development of local communities. This is the key to real sustainable development and scientists from Africa, more so women, have a role to play. She is also motivated by the situation of rural women on the continent who are marginalised and in most cases also lack formal education. This means that even when they have traditional knowledge, it cannot be sustainably used to bene t them and their communities. Both women and men researchers, therefore, need to work towards the development of communities, the empowerment of women and preservation of the environment.

During her work, Zoubida has faced many challenges. The most critical has been lack of funding. however, she emphasises that giving up is not an option. To solve this problem, collaborations and using what exists locally have been her main strategies. A challenge that inspires her is how to preserve Moroccan natural resources. She acknowledges that not enough has been done in research to unravel the properties of natural resources such as the Argan tree. Thus, despite the research already done, there is still a gap in the knowledge of the chemical composition of Argan oil as its many uses in traditional medicine is yet to be explained. There must, therefore, be other active properties in the Argan tree fruit and other products that ought to be identi ed and their uses fully explored. She emphasises that research should not remain at the basic level in African countries. Developed to the highest level, research must serve the country to improve the incomes of local populations and protect the environment for future generations. Zoubida, however, acknowledges that researchers may not be able to undertake such expensive research without proper funding and good well- equipped laboratories.

For Zoubida, all scientists in her eld are role models because their research inspired her. She believes that the scienti c careers for women in Africa are the future for the development of the continent. She therefore urges young women and girls to take up science careers for the good of African nations and communities.

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Auguste Gusteau
hyperionkeats@hotmail.com

Gusteau est littérateur Ès Épicure qui tourne sept fois sa plume dans l'encrier gourmand avant de confier des secrets de bouche, qu'il s'agisse de "Native Grand Cru d'Argan" ou de ses multiples pâmoisons gastronomiques.

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